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Booba Biographie
Nous sommes en 1996, c'est "Le crime paie" sur la
compilation Hostile, sorte de manifeste du rap de rue,
en tout cas un vivier auquel une grande partie du rap
français n'en finira pas d'immensément puiser.
Booba dont les promiscuités
successives avec les plus importantes formations du rap
français, La Cliqua, X-men
du temps de Time Bomb, le Beat de Boul, ne sont
certainement pas dues au hasard, depuis ses premières
compositions avec son groupe
Lunatic, et avant même "Le crime paie" ou le
titre "Les vrais savent" sur la compilation L432, a
toujours étonnamment su faire se rejoindre la brutalité
sèche du constat et un registre plus sophistiqué : une
savante élaboration rythmique dans son écriture, une
manière de procéder par images que même ses détracteurs
ne lui enlèveraient pas. Sans jamais verser dans aucun
catéchisme quel qu'il soit, assumant un matérialisme en
passe de devenir le mot d'ordre de notre société,
renonçant à toute morale, Booba
avance à visage découvert jusqu'à son premier album solo
Temps mort en 2002, où l'espace qu'il s'est créé lui
permet d'exprimer sans entrave ni inhibition l'extrême
particularité de ses visions. Aussi étrange que cela
paraisse ce sont bien des visions qui portées par la
musique et un flow rauque sinon rocailleux touchent
d'autant plus leur but, et ce n'est certes pas l'auteur
lui-même qui nous contredira, lui qui dit écrire dans
une espèce de flou, de flash.
Des exemples ? Qui aurait songé à voir dans le
matérialisme la perspective de laisser tout en pourboire
au croquemort, dans une insomnie un marchand de sable
sniffant de la coke ? Pour traduire la violence de cette
époque, s'imaginer un fœtus avec un calibre, ou,
exposant sa difficulté à trouver le sommeil concevoir le
geste de verser sa peine et son insomnie dans la feuille
à rouler ?
Tel est bien Booba, lui qui
se veut la tornade de Boulogne, un créateur d'images
mystérieuses qui s'incrustent en nous, s'incisent,
collant à nos rétines, un auteur dont la force première
est d'abord de nous parler plus que de lui : à partir de
lui (ce dans un mouvement, le rap français, où
l'expression communautaire l'emporte généralement sur le
point de vue individuel).
Pour preuve, avec l'album Panthéon,
Booba installé en solo
innove avec la création d'un territoire fantasmatique "Tallac",
comme si la singularité de sa langue nécessitait
parallèlement un lieu qui lui fût propre. Après avoir
enchaîné en indépendant rien moins que deux disques
d'or, Mauvais œil avec Lunatic
et Temps mort son premier solo, un single "Destinée" lui
assure enfin des passages radio et un titre sur la bande
originale de Taxi 3 renforce sa notoriété. La notoriété
? Disons le vœu de la société d'enfouir et masquer la
singularité de l'individu derrière une série d'ennuis
divers avec la justice de Booba
à la une alors que le silence est de mise lorsqu'il
s'agit de sa musique dans les médias.
On comprend son désir d'exil à "Tallac" et quoique le
rappeur demeure un ardent représentant des
Hauts-de-Seine, quoique ni sa mélancolie spécifique ni
sa sombre brutalité dans l'exposition des faits n'aient
été altérées sur ce nouvel album, nous retrouvons ce
sentiment clair de triomphe qui leur fait opposition et
contribue à la force des disques de
Booba. On n'intitule pas
pour rien son disque Panthéon. Comme Jean Genet,
Booba aurait pu dire : "ma
victoire est verbale". |
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